LA CHRONIQUE DE FRANÇOIS RENIE (ACTUELLEMENT INTERROMPUE)



9 Novembre 2007 

La nouvelle révolution
américaineLa nouvelle présidente avec Lula.

L’élection de Mme Fernandez de Kirchner à la présidence de la République argentine avait beau être largement pronostiquée par les sondages et par les médias, elle n’en constitue pas moins une grande et une bonne nouvelle pour l’Amérique latine et pour tous ses amis dans le monde. Cette victoire éclatante, obtenue dès le premier tour de scrutin, ne doit rien au hasard. Elle est d’abord le résultat d’une volonté politique. Depuis quatre ans, sous la présidence de Nestor Kirchner et de sa majorité péroniste, l’Argentine a réussi son redressement.

Ses perspectives de croissance sont solides (7 à 8% par an), la dette extérieure a fondu et le budget du pays est désormais en excédent. Les classes moyennes, ainsi qu’une partie importante des catégories modestes, ont vu leur niveau de vie s’améliorer très sensiblement. Ce grand pays est sorti des griffes du FMI ; il aretrouvé la pleine maîtrise de ses ressources et de son industrie ; il a pris ses distances avec une administration américaine qu’il considère aujourd’hui avec beaucoup de méfiance ; il se sent à nouveau capable d’exercer, avec d’autres, comme le Brésil, le rôle d’impulsion politique, économique et culturelle qui lui revient au sein du continent sud-américain. La victoire de Mme Kirchner, c’est donc aussi l’expression de la fierté d’un peuple qui vient de retrouver sa puissance et sa liberté.

La nouvelle présidente est connue pour son volontarisme et sa ténacité. Elle a affirmé vouloir maintenir le cap d’une politique économique qui a porté ses fruits et n’entend pas céder d’un pouce face aux ingérences des multinationales et des institutions financières internationales. Les inflexions viendront sans doute davantage du champ social. Dès son élection, Mme Fernandez de Kirchner a manifesté son intention de favoriser une croissance plus durable, mieux répartie, et de résorber d’ici la fin de son mandat un niveau de pauvreté qui touche encore près de 26% de la population. Après le Brésil de Lula, le Chili de Michelle Bachelet, l’Argentine tourne, elle aussi, le dos au modèle de développement libéral qui l’a conduit il y a dix ans au bord de la ruine. Elle entend désormais conjuguer modernisation industrielle, ouverture internationale et cohésion sociale, en jouant sur une conjoncture économique mondiale qui lui est pour le moment favorable. Mais elle entend également s’appuyer sur les profonds changements politiques qui sont à l’œuvre dans toute l’Amérique latine.

Le spectre d’un continent dominé par l’hyper puissance américaine, entre les mains de dictatures aussi sordides qu’inefficaces, s’est très largement dissipé. En quelques années, sans bruits et sans révolutions sanglantes, les pays sud-américains ont fait, l’un après l’autre, le choix de régimes démocratiques, progressistes et dans le même temps délibérément nationalistes. Si les exemples du Chili, du Brésil, de la Bolivie, et celui, plus controversé du Venezuela, ont retenu l’attention de l’opinion internationale, l’Uruguay est dirigée depuis 2004 par une majorité socialiste et l’Equateur a fait le même choix il y a quelques semaines. En Colombie, le district de Bogota vient, à son tour de passer à gauche, préfigurant sans doute des changements importants dans un pays où l’ombre portée des Etats-Unis fait maintenant l’objet d’un rejet massif. Le phénomène touche aussi l’Amérique centrale, le basculement à gauche, le week-end dernier, du Guatemala, après tant d’années de violences et de misère, en étant la démonstration la plus marquante. L’élection présidentielle en Argentine est donc plus qu’une bonne nouvelle. C’est une manifestation puissante, éclatante, de l’émancipation de l’ensemble de l’Amérique latine. D’une émancipation qui se construit sérieusement, durablement, en profondeur, avec l’assentiment et le concours des peuples, loin des caricatures castristes ou guévaristes qui relèvent désormais du passé.

Ce mouvement concerne aujourd’hui plus de 300 millions d’américains. Il s’organise autour d’un espace de coopération économique parmi les plus actifs, le Mercosur, qui s’est libéré de toute tutelle de Washington et que les Etats-Unis regardent avec infiniment de méfiance. Il pourrait concerner demain plus de 500 millions d’individus s’il devait se propager à l’ensemble de l’Amérique latine, avec des pays comme le Mexique, le Brésil ou l’Argentine, qui feront partie des poids lourds de la future économie mondiale. Chaque jour nous le confirme : l’avenir de la planète ne se dessine plus ni à Washington, ni à New York, ni même sur l’illusoire « Côte Ouest ». L’emprise de la Chine et de l’Inde sur l’ensemble de l’Asie, l’émergence d’un nouveau Japon, le retour de la Russie dans toute sa puissance, et aujourd’hui l’affirmation de l’Amérique latine, voilà que se mettent en place les nouveaux acteurs du monde multipolaire de demain, et voilà que le modèle économique libéral qui a dominé la fin du siècle dernier se trouve bousculé, contesté, rejeté.

C’est par rapport à ces réalités, qui sont d’abord nationales, construites sur des économies réelles, sur des identités culturelles affirmées, que l’Europe, et qu’en premier lieu la France, devrait orienter son destin. Et non plus par rapport aux mirages d’une mondialisation libérale que des esprits fumeux et que des idéologues entêtés continuent à défendre contre toute évidence. Dans ces conditions, comment ne pas enrager devant le spectacle que Sarkozy nous a donné cette semaine encore, à Washington. Alors que le monde change sous nos yeux, que ses lignes de force se déplacent rapidement, comment accepter que le chef de l’Etat se comporte comme le dernier des domestiques, le dernier des porte-coton d’un pouvoir américain décrié, dévalué, et dont chacun attend la fin avec soulagement. A l’heure, qui n’est plus si lointaine, où les comptes devront être réglés avec Sarkozy et sa clique, c’est cet aveuglement idéologique, ce manque d’intelligence politique, cette imbécillité patente dans l’exercice du pouvoir que les Français devront d’abord sanctionner. 

                                                                                                 FRANÇOIS RENIE
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2 novembre 2007

Le pompier et les pyromanes

« Il n’existe aucune preuve d’un programme nucléaire militaire en Iran. Les Etats-Unis sont en train de jeter de l’huile sur le feu. Si cette escalade de menaces se poursuit, nous risquons de précipiter le Moyen Orient dans l’abysse et dans le chaos ». L’entretien que Mohammed Elbaradei, directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), a donné dimanche dernier à la chaîne américaine CNN a fait l’effet d’une véritable bombe. Ce diplomate de haut rang est pourtant bien connu pour son sérieux et son parfait sang froid. Mais s’il est aussi nettement sorti de sa réserve, c’est qu’il a estimé que la coupe était pleine. Par trois fois la semaine dernière, la Maison Blanche a réitéré ses menaces de guerre vis-à-vis de l’Iran, en agitant des arguments aussi puérils que fumeux. Et par trois fois, les efforts de l’ONU pour tenir la ligne ouverte entre Téhéran et l’Occident ont été réduits en poussière. Assez de mensonges, assez joué avec la paix du monde, a voulu dire avec force M. Elbaradei.
L’intervention du directeur de l’AIEA aura le mérite de calmer les esprits, d’exorciser – au moins pendant quelques jours - l’hystérie américaine et de remettre au premier plan le travail diplomatique sérieux engagé sous l’égide des Nations Unies. Son adjoint, Olli Heinonen, devait clore, lundi dernier, à Téhéran, une série de contacts techniques avec les responsables nucléaires iraniens. M. Elbaradei estime ainsi pouvoir disposer de tous les éléments lui permettant de présenter, courant novembre, un rapport complet au Conseil de Sécurité sur la question critique de la filière d’enrichissement. Sa vision du sujet est suffisamment étayée pour qu’il estime, dans le même entretien à CNN, que « la voie diplomatique est et sera l’unique moyen de résoudre la crise ». Et de rajouter : « Je ne vois aucune autre solution que la poursuite du dialogue et des inspections ».
Mises à part les provocations de l’administration Bush, M. Elbaradei ne cache pas que ce qui inquiète par-dessus tout, c’est le climat de tension extrême qui règne aujourd’hui au Moyen-Orient. N’importe quel incident peut provoquer en très peu de temps un embrasement général. On est passé tout près de cette conflagration, le 6 septembre dernier, lorsque l’aviation israélienne, a détruit, lors d’un raid secret, de présumées installations nucléaires syriennes, en construction le long de l’Euphrate. « Je ne peux pas approuver le comportement de Jérusalem. » a répliqué le directeur de l’AIEA, « Si des pays disposent d’informations sur les programmes atomiques d’autres pays, qu’ils nous le fassent savoir. Nous avons l’autorité pour envoyer des inspections sur place ».
Les paroles de sagesse du directeur de l’AIEA viennent à point nommé. Elles confirment, avec toute l’autorité de l’ONU, les appels au calme lancés récemment par le président Poutine et les dirigeants des Etats voisins de l’Iran en direction des pays occidentaux. L’opinion publique internationale est, elle-même, de moins en moins dupe de la propagande américaine. Elle ne peut plus s’empêcher de faire le lien entre l’affaire du nucléaire iranien et les fameuses « armes de destruction massives » de Saddam, qui ont servi de prétexte à la sanglante et stupide intervention en Irak. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les manifestations pacifistes ont réuni dimanche dernier plus de cent mille personnes de San Francisco à New York et que de grands défilés sont prévus dans les prochaines semaines dans les rues de Londres, de Washington ou de Berlin.
En 2005, l’honneur de la France fut d’être à la pointe du combat contre le « choc des civilisations », dussent nos relations avec les Etats-Unis en pâtir. Depuis Wolfeboro, Sarkozy et ce qui nous tient lieu de gouvernement ont fait un autre choix, celui du suivisme, de l’aveuglement, du déshonneur. Les déclarations hallucinantes de Kouchner début septembre, l’intervention irréfléchie du chef de l’Etat à la tribune de l’ONU en octobre nous ont exclu, de fait, du jeu des négociations et placé d’office dans le camp des va-t-en-guerre. Et voilà que le Premier ministre israélien Ehud Olmert – le même qui il y a un an martyrisait nos amis libanais – reçu en grande pompe à Paris, se félicite, avec gourmandise et un brin d’ironie, du changement de climat entre son pays et la France. Et voici que nos alliés européens, un peu estomaqués, nous accusent d’en faire trop dans l’élaboration des sanctions économiques contre l’Iran. Que dire enfin des propos d’Hervé Morin, notre très atlantiste ministre de la défense, qui fut le seul dirigeant européen à s’offusquer du discours de bon sens du docteur Elbaradei. Décidemment, il est temps que la « rue française » s’exprime elle aussi pour faire entendre au monde qu’elle rejette en bloc le discours suicidaire de nos mauvais dirigeants.


FRANÇOIS RENIE

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21 octobre 2007

Leur Europe, c’est donc l’Europe allemande !

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 17 Octobre 2007 

OTAN : Les masques tombent !

C’est avec près d’une semaine de décalage que la presse vient de rendre compte de la dernière incartade diplomatique du régime. Et elle est pourtant de taille ! Selon plusieurs dépêches publiées jeudi dernier, et qui semblent avoir la même source, le gouvernement aurait adressé le 3 octobre aux ambassadeurs des 25 pays de l’OTAN un mémorandum visant à « renforcer la transparence et la coopération entre l’Union Européenne et l’OTAN ». Dans ce document, l’équipe Sarkozy plaide ouvertement pour une intensification des échanges politiques entre l’Union et le Conseil de l’Atlantique Nord et pour un rapprochement entre Agence européenne de défense et OTAN sur les programmes d’armement et la gestion des crises. La source diplomatique à l’origine de cette fuite s’empresse, bien évidemment, d’ajouter que « si le contexte actuel de réflexion sur un retour de la France dans le commandement militaire de l’OTAN donne à cette offre un relief particulier, les deux démarches ne doivent pas être liées ». Mais voyons !
Ces informations n’ont donné lieu à cette heure à aucun commentaire officiel et elles ont été accueillies dans un silence gêné par la classe politique et les médias. Il est vrai, comme l’a souligné le journal Le Monde, « que ces propositions françaises, d’apparence technique, prennent, dans le contexte du rapprochement atlantiste souhaité par Paris, une portée politique significative. Elles contrastent avec les positions traditionnelles de la France, qui a longtemps freiné la coopération institutionnelle entre l’OTAN et l’Union Européenne ». Le contraste
est d’autant plus frappant que l’on serait passé des paroles aux actes, et que nos diplomates auraient reçu consigne de tout faire pour faciliter les convergences entre européens et OTAN, notamment pour la gestion des crises à venir. On imagine la satisfaction qui s’est faite jour dans les rangs atlantistes à l’annonce de l’initiative sarkozienne. Du côté de l’état-major de l’OTAN en Belgique, on y voit la preuve concrète que la France a viré de bord et que le camouflet gaulliste de 1967 ne sera bientôt plus qu’un mauvais souvenir. Si l’administration américaine se réjouit des perspectives ainsi ouvertes par la future présidence française de l’Union, à Londres et à Berlin on ricane sous cape du zèle mis par les dirigeants français pour apparaître aujourd’hui comme les meilleurs élèves de la classe atlantique. Ainsi, en moins d’une semaine, les craintes que nous exprimions dans notre dernière chronique seront devenues réalités. Alors que début septembre, Sarkozy et son sous-fifre Hervé Morin ne faisaient encore que s’interroger à haute voix sur l’intérêt d’un retour dans l’OTAN, le gouvernement français en est désormais le fourrier le plus zélé !

A quel moment ce plan, car il s’agit bien d’un plan préparé de haute main, a-t-il été conçu ? Exactement du 2 au 17 août dernier lors des calamiteuses rencontres de Wolfeboro. C’est là que notre nouveau président a scellé son pacte honteux avec une administration américaine en mal d’alliance, là où il a échangé la liberté, la souveraineté de la France contre un plat de lentilles. C’est bien lors du sinistre séjour au bord du Lac Winnipesauke, dans la tanière des Bush, qu’a, sans aucun doute, été discuté, mis au point, détaillé ce long cortège de reniements que nous constatons depuis un mois : changement de pied de la France sur l’Irak, déclarations irresponsables vis-à-vis de l’Iran et maintenant alignement accéléré sur l’OTAN. Le Canossa diplomatique et militaire que nous pressentions, il est désormais tangible, visible et nous en voyons jour après jour les effets dévastateurs. La classe politique française saura t’elle, voudra t’elle s’y opposer ? Sera-t-elle en mesure de mettre un terme à une offensive politique qui est en passe de ruiner les acquis d’un demi-siècle de politique gaullienne ? Rien n’est moins sûr. A l’UMP, on est à peu près certain que les godillots du régime resteront dans une attitude réservée, au mieux inertes, au pire complices. Gageons qu’il ne sortira rien de bon d’une direction socialiste divisée, et qui subit l’influence des Kouchner et des Jouyet, via leurs nombreux amis atlantistes restés au sein du parti. Restent quelques voix qui portent, celles de Jean-Pierre Chevènement ou d’Hubert Védrine, qui se posent en adversaires résolus de la ligne internationale du nouveau pouvoir. Mais elles ne suffisent pas encore à créer le mouvement. Pour le moment, le rapport de force est incontestablement du côté de Sarkozy. Il sait qu’il doit agir vite, par ruse, par surprise, en terrain couvert, pour prendre de cours les susceptibilités nationales qui persistent dans le milieu politique et surtout dans l’opinion. Sur le fond, il ne lâchera rien, mais il cherchera à certains moments à atermoyer ou à prendre un peu de champ. Car pour lui la partie n’est pas sans risques. Une crispation sur l’affaire de l’OTAN, conjuguée à une avalanche de sottises nouvelles au Proche Orient, peut mettre les esprits en alerte et faire échouer l’approbation du Mauvais Traité européen, qu’il considère comme sa pièce maîtresse. Il n’est pas non plus à l’abri des réactions de mauvaise humeur de certains de nos alliés atlantiques – anglais, par exemple ! – qui envisagent avec inquiétude le retour de la France dans l’OTAN et qui joueront la carte de la lenteur. Dans tous les cas, face à l’opinion française ou à nos partenaires occidentaux, Sarkozy sera, à un moment ou un autre, vulnérable et c’est là qu’il faudra le cueillir. D’ici là, sachons tirer les enseignements des mois qui viennent de s’écouler. La première leçon, la plus claire, c’est qu’avec Sarkozy, le pire est toujours sûr. Pour les patriotes égarés qui l’ont aidé à s’installer, l’heure du choix approche à grands pas. De la même façon, l’instauration d’un régime présidentiel, avec un pouvoir aux desseins aussi ouvertement criminels, serait une pure folie. On le verra dans les mois qui viennent, le combat pour notre indépendance et celui pour la préservation de nos institutions ne font qu’un, une fois de plus. François RENIE

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 1er Octobre 2007

OTAN… en emporte le vent !

Décidément, Le Monde, notre bon vieux quotidien suisse de langue française, a encore du bon! Il vient de passer, en l’espace de quinze jours, au nez et à la barbe d’Alain Minc, plusieurs articles politiquement incorrects. D’abord, une longue tribune, solide, documentée, rédigée d’une plume alerte par Jérôme Guillet (« Non, la France n’est pas en déclin », Le Monde du 11 septembre), qui fait justice des mensonges, escroqueries et affabulations diverses dont Baverez et autres tristes sires pimentent depuis quelques années le discours dominant … Nous y reviendrons prochainement. Ensuite plusieurs papiers rigolards (parmi lesquels nous recommandons « A Washington, M. Kouchner promet de ne plus employer le mot qui choque », Le Monde du 22 Septembre) sur les conférences de presse hallucinées que donne à travers le monde notre nouveau Docteur Follamour, multipliant bourdes et lapsus sur l’affaire iranienne… on hésite entre le rire et les larmes. Et pour finir une contribution, en page Débats, d’Yves Boyer, brillant universitaire plein de talents, (« La France et l’OTAN ou le retour à Canossa », Le Monde du 25 Septembre), démontant point par point les arguments de la petite bande qui veut, à toute force, que la France réintègre les organisations militaires de l’Alliance Atlantique.
Comme le souligne M. Boyer, c’est Sarkozy lui-même qui a donné fin août le signal du ralliement, dans son discours aux ambassadeurs de France. Il ne parlait, à ce stade, que d’un désir de « moderniser les relations qui lient la France et l’OTAN », mais on sait ce que signifie ce galimatias diplomatique, surtout quand il s’adresse à des diplomates. Et on ne peut pas s’empêcher de faire le lien entre ce discours et la pantalonnade de Wolfeboro, qui scellait quelques jours plus tôt le pacte d’amitié des Bush et du Sarkozy. M. Boyer a raison de dire que le retour de la France dans l’OTAN serait un Canossa diplomatique. Mais nous prétendons, nous, que ce Canossa a déjà eu lieu, cet été, sur les bords du Lac Winnipesauke, et que nous allons peu à peu en découvrir les conditions peu flatteuses pour la France.
Notons, une fois de plus, que l’attitude du chef de l’Etat est en contradiction totale avec les engagements qu’il avait pris, en tant que candidat, lors de la campagne présidentielle. N’avait-il pas posé à l’époque trois conditions à un rapprochement entre la France et ses alliés atlantiques : « l’OTAN ne doit pas évoluer vers une organisation mondiale effectuant des missions aux confins de l’humanitaire, du militaire et des activités de police internationale ; l’OTAN n’a pas vocation à se substituer à l’ONU ; l’Union Européenne doit s’appuyer sur les moyens de commandement que l’Alliance met en œuvre » ? M. Boyer a raison de souligner qu’aucune de ces conditions n’est à ce jour remplie. Elles n’ont d’ailleurs aucune chance de l’être jamais, car les Etats-Unis s’y sont toujours opposés. Gageons que Sarkozy le savait parfaitement à l’époque et que c’est son attitude actuelle, celle de l’allié complaisant, qui est sa vraie nature.
L’affaire semble d’ailleurs parfaitement orchestrée. Après les déclarations présidentielles, c’est au tour des exécutants de rentrer dans la danse. Quitte à jouer une note plus haute que le chef, pour voir comment réagit l’opinion. Dans ce rôle de faire valoir, on retrouve naturellement Hervé Morin, ci-devant ministre des Armées, qui mettait les pieds dans le plat, dès l’université d’été de la Défense, en suggérant que la France réintègre rapidement le commandement militaire intégré. Simple suggestion, bien évidemment ! On sait que le sieur Morin est par ailleurs un pur produit du centrisme français, et qu’il ne fait là que suivre sa pente naturelle, atlantiste et alignée. Mais on comprend peut-être mieux maintenant pourquoi ce notable normand, que rien ne prédestinait à ce poste, a été choisi pour l’occuper. Il faudra surveiller ce Morin du coin de l’œil, car, n’en doutons pas, il aura sa part dans les mauvais coups qui se préparent. Quant au pauvre Fillon, pas un mot sur un sujet qui outrepasse sans doute ses compétences !
Pour n’importe quel esprit honnête et un tant soit peu soucieux des nos intérêts, il est pourtant évident qu’un retour de la France dans l’OTAN serait un triple crime contre la raison. D’abord parce que l’Organisation a perdu, depuis la fin de la guerre froide, toute légitimité réelle et que les raisons qui ont conduit la France à en sortir en 1962 sont encore on ne peut plus vraies aujourd’hui. En outre, tous les états-majors alliés savent pertinemment que l’OTAN n’a pratiquement jamais joué de rôle opérationnel important, qu’elle est progressivement devenu une énorme bureaucratie, dispendieuse, inefficace et dépassée, et que ses échecs en Yougoslavie et en Afghanistan auraient dû logiquement marquer sa fin. Enfin parce qu’entre les mains des Etats-Unis et avec l’assentiment d’un certain nombre de leurs alliés, elle est en train d’évoluer vers d’autres perspectives, celles d’un contrôle politique, idéologique et militaire de la planète, projet que ni la France ni l’Europe dans son ensemble ne sauraient accepter.
La plume limpide et brillante de M. Boyer ne fait d’ailleurs que rassembler, résumer et mettre en ordre des arguments que tous les experts militaires connaissent et qui sont régulièrement traités dans les publications stratégiques les plus sérieuses. Même la très libérale revue Commentaire, que l’on peut difficilement taxer de complaisance vis-à-vis des idées gaullistes et royalistes, s’interrogeait il y a quelques mois sur les évolutions en cours au sein de l’OTAN et sur la volonté des anglo-saxons d’en faire une structure à finalité politique, à leur seul profit. Analyses bien connues donc, sauf bien sûr des ministres français et de leur chef.
A l’heure où nous écrivons ces lignes, une certaine agitation politique commence à se faire jour sur le sujet. Au sein de la majorité présidentielle, on sait que plusieurs personnalités ont alerté l’Elysée et Matignon. On a fait valoir que l’alignement sur les Etats-Unis dans l’affaire iranienne – avec les risques de conflits afférents -, un passage en force sur le Mauvais Traité européen et aujourd’hui les perspectives d’un retour dans l’OTAN sont de trop grosses couleuvres pour être digérées en une seule fois par la classe politique et par l’opinion. Les précédents de la crise de l’Irak et, plus prêt de nous, du referendum de 2005, montrent en effet que les Français gardent la tête près du bonnet quand il s’agit des questions de souveraineté et d’honneur national. On sait que certains secteurs gaullistes ou chiraquiens, en particulier autour de Villepin, seront prompts à brandir l’étendard de la révolte et le spectre de la droite divisée du septennat giscardien est encore dans tous les esprits. Quant à l’opposition de gauche, il lui sera difficile de passer à côté d’une occasion de se refaire une popularité, surtout si elle se débarrasse dans le même temps des momies atlantistes et européistes qui l’encombrent.
C’est pourquoi il n’est pas exclu que le pouvoir cherche à noyer le poisson, voire, s’il le faut, à donner le sentiment de faire marche arrière. Dans une interview au New York Times (24 septembre), Sarkozy ne vient-il pas de poser deux nouveaux « préalables » au retour de la France au bercail atlantiste : celui d’une avancée sur l’Europe de la Défense, et celui d’une large place faite à la France dans les instances de direction de l’OTAN ? Deux réserves aussi ridicules et vides de sens que les trois conditions posées par le candidat Sarkozy mais qui permettront peut-être de gagner du temps. Sarkozy finit d’ailleurs, maladroitement, par manger le morceau en rajoutant : « c’est sur ces deux axes que nous sommes en train de travailler », preuve, s’il en était besoin, que des discussions actives ont bien lieu, en sous main, avec les anglo-saxons sur ces sujets.
Nous sommes maintenant assurés d’une chose, c’est que Sarkozy veut la « rupture » avec la politique gaullienne, que telle est son ambition profonde, ainsi qu’une partie de la droite française et que sur le fond, il ne lâchera rien. Tout au plus cherchera t’il à atermoyer, à dissimuler, à jouer avec le temps, en traitant chaque sujet séparément.
La seule stratégie à y opposer est frontale. Il faut faire masse de l’ensemble des sujets – Europe, Irak, OTAN -, alerter l’opinion et faire pression, dans un premier temps, sur les éléments sains du Parlement pour provoquer un débat public sur ces questions. Avec d’autres, nous nous y employons.

François RENIE.

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 23 septembre 

 Bomber Kouchner et Battling Sarko

préparent-ils la guerre ?

Il y a quelques semaines encore, alors que nous commencions à multiplier les signaux d’alarme sur la politique étrangère du nouveau pouvoir, des amis bien intentionnés essayaient de nous rappeler à l’ordre : « Vous êtes de mauvais esprits, d’éternelles Cassandre », nous disait on. « Soyez confiants ! L’équipe Sarkozy peine un peu à trouver ses marques, c’est vrai, mais ce sont des patriotes, des gaullistes, ils ne peuvent pas nous décevoir. Souvenez-vous du discours de Rouen, de l’appel à Péguy, à Jeanne d’Arc,… Comment voulez vous qu’un tel homme manque à la France ! Arrêtez d’agiter le spectre du mensonge et de la trahison !… »

Eh bien, c’est fait ! Nous y sommes maintenant…devant le mensonge et devant la trahison, et en pleine lumière. Chaque jour nous amène désormais son lot de mauvais coups. Et la semaine qui vient de s’écouler ne nous aura rien épargné : lundi dernier, Le Monde, l’excellent journal d’Alain Minc, nous apprenait d’un ton badin que la France allait d’ici peu réintégrer toutes les organisations militaires de l’OTAN, et cela bien évidemment sans tambour ni trompettes, ni concertation politique, ni débat au Parlement. Quelques jours plus tard, le « Gracque » Jean-Pierre Jouyet, tête à claques énarchisé et sous secrétaire d’Etat aux soumissions européennes, expliquait à une brochette de parlementaires médusés qu’on pourrait sans doute se passer de référendum pour adopter le mauvais mini-traité Sarkozy. De Villiers, Dupont Aignan et quelques autres se seraient retenus pour ne pas l’étrangler ! Et pour finir en feu d’artifice, les déclarations insensées, illuminées, hallucinées, matadoresques du Parachutiste Kouchner sur la guerre imminente avec l’Iran, confirmées, amplifiées même par ce pauvre Fillon qui avait du fumer ce jour là la même moquette que notre nouveau Docteur Follamour. Ainsi donc tout s’explique ! Derrière la pantalonnade de Welfboro, destinée sans doute à dériver l’attention des médias, c’est à un véritable Canossa diplomatique que s’est prêté le Sarkozy avec Bush Père et Fils, au mois d’août…Fini le non alignement sur l’Amérique et son Alliance Atlantique, fini le rôle de médiation que la France s’efforçait de jouer  auprès du monde arabe et musulman, loin de nous le discours de Villepin à New-York refusant de cautionner le mensonge des armes de destruction massive, oubliée notre prudence vis-à-vis de la bombe iranienne, dont la réalité pourrait être aussi sujette à caution que les fameux missiles nucléaires de Saddam. Désormais ce sera, pour nous aussi, la servilité vis-à-vis des USA, la défense sans discussion de l’Etat nucléarisé israélien, le mépris pour le tiers monde, le langage du choc des civilisations, qui ne mène – comme on le voit chaque jour en Irak – qu’à la guerre inutile et ruineuse.

On comprend mieux aussi les courbettes appuyées vis-à-vis de l’Allemagne, les minauderies au bord du Rhin avec Frau Merkell, destinées à orchestrer au plus vite le retour de la France au bercail atlantiste et européiste. Avec à la clé une adoption rapide par la France du mini traité pour permettre à l’Europe d’être en ordre de bataille auprès de l’Amérique. Ils vont faire belle figure, ces « souverainistes » qui, en mai dernier, nous enjoignaient de rejoindre le camp du Sarkozy, au nom du retour de la France en Europe et dans le monde !

On découvre enfin ce que signifiait la " rupture " en politique étrangère. Il s’agissait en réalité de brader au meilleur prix un demi siècle de politique gaullienne, d’indépendance nationale, d’équilibre et de respect des peuples. D’y renoncer alors même que cette politique commence à porter ses fruits, dans un monde qui se construit désormais de façon multipolaire et dont les Etats Unis ne seront plus d’ici peu le seul centre. Et d’y renoncer pourquoi ? Pour être reconnu, considéré comme l’ami incontournable de l’Amérique en Europe, celui à qui l’on adresse son plus beau sourire et ses plus chaudes caresses. Réussir là où Berlusconi a échoué, voilà une ambition digne du Sarkozy !

Au rythme où vont les choses, et si on y ajoute les effets désastreux de l’affaire lybienne et des improvisations colombiennes, il ne restera bientôt plus grand-chose du capital de considération et de sympathie dont la France bénéficiait de par le monde. Ce journal a souligné l’urgence d’une organisation rapide des mouvements patriotiques pour faire face aux méfaits du nouveau régime. C’est dans le domaine de la politique extérieure et, une fois de plus, face à l’impérialisme américain et à l’Europe allemande, que cette mobilisation est la plus urgente. Comme il y a un siècle, au moment de l’affaire de la CED, et face à un Pouvoir manifestement plus pervers et plus malfaisant encore, il faut qu’un large Front patriotique, allant des communistes aux gaullistes et aux royalistes s’organise à nouveau. La nécessité en est extrême.

Car si d’aventure ce pouvoir cherchait à entraîner, malgré elle, contre son gré, la France dans une aventure militaire insensée, au seul profit de l’Amérique et de ses stipendiés du Proche Orient, il faut qu’il trouve face à lui, une opinion dessillée, informée, décidée à s’y opposer par tous les moyens. Un pays prêt à reprendre en chœur :

S’ils s’obstinent, ces cannibales, à faire de nous des héros,  Nous tirerons nos premières balles sur Kouchner, Fillon et Sarko ! (1)

François Renié

(1) des balles au sens figuré, évidemment.

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 16 septembre


LA POUDRIERE BELGE


En cette rentrée, les chancelleries européennes reprennent leurs petits jeux futiles autour du mauvais traité Sarkozy. Sans voir que des nuages noirs s’accumulent de façon inquiétante sur le cœur même de l’Europe. Notre voisine, la Belgique, connaît une crise politique qui prend des proportions inattendues et qui pourrait, de fil en aiguille, menacer jusqu’à son existence. Depuis maintenant trois mois, aucun gouvernement n’a pu être formé. Les tentatives de médiation échouent les unes derrière les autres. L’irrédentisme flamand, aux mains d’un petit groupe de notables en mal de notoriété, mais soutenu en sous main par les milieux d’affaires d’Anvers et de Bruges, entend profiter de la situation pour pousser ses avantages au maximum. Il se livre aujourd’hui à toutes les surenchères et multiplie les provocations vis-à-vis de la communauté wallonne. Pas un jour qui ne se passe sans qu’un politicien flamingant n’évoque ouvertement la scission du pays, quand il ne l’appelle pas de ses vœux.

Le coeur bien accroché

La tension vient encore de monter d’un cran. En début de semaine, les irrédentistes sommaient le Parlement de Flandre de proclamer l’indépendance. Si la motion a finalement été rejetée, les débats se sont déroulés dans une ambiance électrique, sous la pression des groupes d’extrémistes réunis pour l’occasion. On apprenait dans la foulée qu’un rassemblement de jeunes nazillons flamands s’était terminé par un autodafé de drapeaux et d’insignes belges. Hier, Yves Leterme, le chef de file des chrétiens flamands, assurait que les francophones finiraient par accepter toutes les revendications flamandes, pour peu qu’on les achète avec quelques mesurettes. Ses propos injurieux provoquaient un tollé général en Wallonie et à Bruxelles. Au point que l’éditorialiste du Soir de Bruxelles concédait que devant tant agressions, il fallait que « les francophones gardent le cœur bien accroché ».
Le Gouvernement français ferait bien de s’inquiéter au plus vite de ce qui se passe en Belgique. Comment ne pas voir qu’un effondrement de l’Etat belge provoquerait un séisme majeur dans toute l’Europe, et tout d’abord chez nous. Comment ne pas comprendre qu’il nous serait impossible de rester à l’écart des violences et des déchaînements de haines provoqués par des communautés livrées à elles-mêmes, à quelques pas de chez nous. Toute la Wallonie attendrait notre solidarité, les habitants de Bruxelles – à près de 80% francophones – réclameraient notre appui face aux menaces d’annexion flamandes. Comment la France pourrait ne pas y répondre et se trouver mêlée de facto à ces drames. Et comment pourrait-elle accepter que se constitue à nos portes un Etat « douteux », fondé sur l’apartheid et l’exclusion, aux relents de germanisme prononcés.

Soutien au Roi des Belges

Le Gouvernement se devrait donc d’agir, de façon ferme, et dans trois directions.
En apportant d’abord un soutien constant, public, appuyé, au Roi des Belges qui cherche, avec un immense courage et une volonté sans faille, à sortir son pays du désastre. C’est lui qui est derrière chacune des médiations, chacun des contacts, chacun des liens qui se retissent pour permettre à la Belgique de survivre et de repartir. A cette heure où une nation amie est devant le danger, pourquoi ne pas dire notre émotion, notre admiration devant l’homme, devant le souverain qui agit pour préserver l’unité et reconstruire la concorde. Albert II se révèle ainsi le digne héritier du grand Albert Ier, du Roi Chevalier, ami indéfectible de notre pays. La France se devrait, s’honorerait de relayer ses efforts, de mettre son poids, ses réseaux d’amitié – qui sont nombreux et vivaces en Belgique – au service de celui qui œuvre aujourd’hui pour la paix civile.
Ensuite en laissant entendre, au moment qui conviendra, que la France n’acceptera pas la partition de la Belgique, qu’elle ne cautionnera pas une scission obtenue sous la pression de quelques notables sans légitimité, d’intérêts économiques peu avouables, au nom d’une idéologie haineuse, qu’elle ne reconnaîtra pas l’Etat flamand issu de cette situation de fait et qu’elle usera, si besoin est, de tous les moyens dont elle dispose pour que cet Etat ne bénéficie d’aucune reconnaissance internationale.
En se portant enfin garant de l’intégrité des institutions belges, des droits et des libertés des populations francophones, du maintien de Bruxelles comme capitale exclusive de l’Etat belge.
Sur ces points essentiels, la parole de la France est attendue et elle peut être décisive. Gageons pourtant que notre gouvernement n’agira pas, ou qu’il agira mal ou trop tardivement. Qu’il préférera cent fois les facilités du « laissons venir », du « attendons voir » ou du « fermons les yeux » à une ligne claire mais qui l’exposerait aux critiques de tout ce que l’Europe compte de lâcheté et de veulerie. Qu’il préférera mille fois se préoccuper, parce que c’est plus médiatique, de la situation du dernier Poldève ou du dernier Gagaouze plutôt que de venir au secours d’un peuple auquel tout nous lie.
Si tel était le cas, il appartiendrait aux patriotes français de prendre les choses en main et de jouer, une fois de plus, le rôle de supplétif d’un Etat français qui n’existe plus. La Nation française jouera son rôle dans cette mobilisation des esprits. Elle rendra régulièrement, scrupuleusement compte des développements de la crise belge. Sans dramatiser, en montrant les évènements comme ils sont et comment la situation pourrait évoluer. Mais en alertant dans le même temps l’opinion lorsque le cours des choses mettra en cause l’intégrité des institutions belges, les libertés wallonnes et le droit qu’ont nos frères francophones de vivre et de décider, chez eux, à Bruxelles. 


                                                                        François RENIE

Les dépêches et les infos du monde analysées par Vincent Lebreton

 Le droit de la langue française

Le collectif pour le « droit de travailler en français » contre le protocole de Londres a rendu public, composé de syndicats et soutenu par des parlementaires et associations, a pressé mercredi dernier la France de ne pas ratifier le protocole de Londres, qui menace lui la langue française.
Ce protocole, que Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, et Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, ont récemment défendu, « est un acte par lequel chaque État signataire renonce aux exigences de traduction des brevets vers sa langue nationale », a rappelé le collectif dans un communiqué.
L’objectif est la réduction du coût des frais de traduction, mais « le véritable enjeu est le régime linguistique », met-il en garde, rappelant que « 18 pays de l’Union européenne ont refusé de le signer et quatre autres l’ont signé sans le ratifier ». Selon le collectif, « l’office américain des brevets souhaite que l’anglais soit la seule langue en matière de propriété industrielle ». Mais la ratification du protocole par la France « entraînera à court et moyen terme de graves conséquences industrielles, juridiques, économiques, sociales et linguistiques, tant pour les petites et moyennes entreprises que pour leurs salariés », estime-t-il.
« Si les brevets ne sont plus traduits, les PME ne pourront plus assurer une veille technologique satisfaisante dans leur domaine, elles devront assumer les frais de traduction auparavant supportés par les brevetés étrangers », met en garde le collectif. « Renoncer à l’exigence du français comme langue obligatoire pour les brevets d’invention [...] ouvre la porte à d’autres renoncements, notamment celui de l’emploi du français comme langue de travail dans les entreprises en France », prévient-il. Le collectif plaide pour « un brevet communautaire qui respecte le plurilinguisme en s’appuyant sur les cinq langues-pivots de la Marque communautaire : français, allemand, anglais, espagnol, italien ».
Un « Comité contre le protocole de Londres », présidé par le linguiste Claude Hagège, a récemment dénoncé dans une pétition « les conséquences dramatiques pour la langue française » d’une ratification de ce protocole. La Nationfrancaise.net ne peut évidemment que s'associer à cette démarche salutaire pour la défense de notre langue et de la diversité linguistique en Europe, n'en déplaise à Sarkozy l'Américain et à sa bande de clones. 

V. L  

Du bon usage du parapluie bulgare  4 août 2007

Mais que diable sont allés faire le couple Sarkozy et le bon docteur Kouchner dans cette galère libyenne et bulgare ? Le règlement humanitaire de cette affaire était certes urgent mais la précipitation présidentielle à vouloir tout régenter a un peu gâché une belle opération.

Au fil des jour et des révélations, il ne fait aucun doute que l'Union européenne et la France ont consenti à des contreparties financières. Les contrats d'armement qui étaient " dans le tube " depuis 18 mois ont connu une accélération considérable après la libération des infirmières bulgares. Ces contrats pour l'industrie française ne sont pas négligeables économiquement et socialement. Rien à redire sur ce point.

Encore faut-il que la Libye soit un client crédible et fidèle désormais, capable de payer et qu'à l'avenir nous n'ayons pas à nous mordre les doigts d'avoir accepter ce marchandage avec un chef d'état qui n'a pas encore donné beaucoup de gages sur le respect des droits fondamentaux dans son pays. Sur cette question, il serait très dommage que nos amis britanniques soient seuls en première ligne.

La polémique hexagonale et la création d'une commission parlementaire sur les relations franco-Libyenne et toute cette obsure affaire ne sont pas sans intérêt. Il est rare que l'opinion puisse être informée rapidement sur ce type de tractations qui, espérons-le, ne vont pas au delà de nos intérêts nationaux dans cette région du monde et ne procèdent pas d'une vision idéologique et fragmentaire dont Sarkozy et ses hommes sont coutumiers depuis leur prise du pouvoir.

Vincent Lebreton

Ne pas se réjouir... au contraire   3 juillet  2007

Ce que nous écrivions le 11 juin, s'avère exact. Il ne faut pas y changer un mot. Une fois de plus les médias aux ordres ont conclu à la " sortie de crise ", alors que jamais l'Union européenne n'a été plus en crise qu'aujourd'hui. Pourquoi ? Parce que les dirigeants de nos pays ne s'appuient sur aucunevaleur, aucune philosophie globale et se contentent de colmater. A quoi bon des institutions qui tournent en rond ? A quoi bon un traité si sur des questions aussi essentielles que la politique sociale, la politique fiscale, les relations avec les Etats Unis d'Amérique et leur puissance de plus en plus impériale, nous ne sommes en harmonie sur rien ?

le président de la République française et ses collègues sont prisonniers d'un dogme : réussir tous ou disparaître tous. Ce dogme est hérité du temps où l'Europe occidentale était soumise à la pression soviétique. Les temps ont changé, le monde des Nations, de la pluri-polarité est de retour, mais il faudra encore vingt ans pour que nos dirigeants cessent d'inventer des traités nouveaux, incompréhensibles, qui ne portent pas sur la vie quotidienne des peuples et les entraînent vers le pire.

Il faudra aussi beaucoup de temps pour que les journalistes en charge de ces questions cessent d'adopter cette attitude étonnante : ne pas regarder la réalité et se contenter de répéter des banalités perpétuelles totalementinopérantes.

V.L

autour d'un traité simplifié 11 juin 2007

Toute la presse européenne ces derniers jours s'extasient devant la proposition française de relancer l'Europe via un " traité simplifié " ou " un mini-traité " selon l'expression du nouveau chef de l'Etat français. Ce dernier aurait réussi à convaincre Romano Prodi et la commission européenne. La question n'est pas de savoir quelle dénomination portera ce texte mais bien son contenu. Or, jusqu'à présent - y compris pendant la campagne présidentielle - le candidat-président UMP n'a pas dévoilé ce que pourrait contenir ce " traité simplifié ".

S'il s'agit d'éliminer les redondances du projet de traité constitutionnel tout en en gardant la substance ( son caractère explicitement libéral et fédéraliste...) rien ne peut pousser les deux peuples qui ont dit non - précisément sur ces problèmes - à revenir sur leur décision.

Nous pouvons craindre avec ce nouveau président  - qui avait approuvé le projet Giscard - que les notables tentent de passer en force, soit disant pour faire notre bonheur. Ils sont intimement persuadés que le peuple se trompe sur ces questions européennes, aveuglé par de vieux réflexes identitaires.

Il est assez cocasse de voir sur les tribunes un président candidat en appeler à la France éternelle et dans le même temps bafouer le vote démocratique de 2005 en tentant de faire passer ce mini-traité qui sera une maxi-arnaque pour les nations, et en premier lieu pour la France.

Vincent Lebreton

Attention au piège Colombien  - 6 juin 2007

Nous n'avons bien évidemment par d'hostilité à l'égard de la famille d'Ingrid Bettencourt qui lutte sans baisser la garde depuis des années pour faire libérer cette Francaise prisonnière en Colombie par les FARC.

Mais, la nouvelle de l'intervention de Nicolas Sarkozy pour faire libérer l'un des principaux dirigeants de cette organisation paramilitaire sous prétexte qu'il pourrait servir d'intermédiaire en faveur de la libération de notre compatriote laisse un peu rêveur. En premier lieu parce que nous sommes en France en période électorale et que ce type d'initiative - même si urgence il y a à obtenir au moins des nouvelles de cette femme politique détenue dans la jungle - pourrait être interprétée comme une nouvelle tentative du pouvoir de manipuler l'opinion, en jouant sur des ressorts qui n'ont rien à voir avec l'information ou l'action diplomatique adossée à des principes mais qui emporterait l'adhésion par la sphère émotionnelle.

Le chef de l'Etat devrait prendre garde. La politique de la France n'a rien à gagner à présenter au grand jour l'image d'un marchandage électoraliste. Les intérêts de la France dans cette partie du monde dépassent de loin ces considératons. A trop vouloir démontrer en s'agitant et en faisant passer via une presse particulièrement complaisante des messages subliminaux, ce pouvoir se déconsidère. Le ministre des affaires étrangères semble bien absent sur ce dossier qui pourtant appartient à son domaine d'intervention. Le président veut être dans la lumière. C'est une première déconvenue pour celui qui a vendu son âme et le reste pour les ors du Quai d'Orsay alors qu'il aurait pu jouer un rôle plus digne dans l'opposition. Gageons, compte tenu de son parcours sinueux, que notre ministre de tutelle ( en tout chroniqueur de politique étrangère sommeille un  diplomate ! ) quittera bientôt cet étrange attelage.

 VINCENT LEBRETON

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Le texte dont nous reproduisons des extraits ici est paru sous le titre « Traité simplifié : on est revenu au texte refusé par les Français »  dans l'édition du 18 octobre 2007 du FIGARO. 

..." Si l'on regarde de près le mandat donné aux rédacteurs par le sommet du 23 juin, on voit en effet que nous revenons au texte rejeté par les Français en 2005, au point qu'un de ses thuriféraires d'alors, M. Bourlanges, peut s'exclamer : « Toute la Constitution est là, il n'y manque rien. » L'examen de ses cinq points clés permet de dire que ce texte vise de nouveau à créer un superÉtat.

1. Personnalité juridique. Ce point cardinal du fédéralisme, qui permettait au texte Giscard de s'intituler Constitution, est repris tel quel dans le mandat actuel. À lui seul, il crée un nouvel État qui peut désormais être reconnu sur la scène internationale et dont les actes rendront sans effet ceux que s'aventureraient à prendre des actes dans les mêmes domaines.

2. Présidence stable de l'Union. L'Union sera placée sous l'autorité d'un président réputé stable en raison d'un mandat allongé de six mois à deux ans et demi et, surtout, indépendant de tout État. Il sera doté d'une autorité propre, d'un secrétariat, puis d'un cabinet, etc.

3. Haut représentant pour la politique étrangère. Comme l'a imprudemment avoué M. Sarkozy le 20 juin, ce sera un « ministre des Affaires étrangères sans le nom ». Vice-président de la Commission, il sera doté d'un « service diplomatique » - les 118 bureaux actuels étant rebaptisés ambassades de l'UE et étoffés, leurs agents bénéficiant d'immunités et privilèges diplomatiques. À terme, lorsque ce superministère aura pris du poids, nos ambassades et ministères nationaux seront superflus. Quant à la référence à l'Otan, elle peut disparaître puisque le nouveau texte renvoie explicitement au traité de Maastricht, dont le titre V fixait que « Les États veillent à la conformité de leurs politiques nationales avec les positions communes » (art. J-2), et précisait que celles-ci devaient être « compatibles avec les cadres de l'Otan ». À la politique étrangère commune, il manquait un instrument d'autorité : le voici.

4. Décisions à la majorité qualifiée. Quel que soit le mode d'adoption (système de Nice ou système allemand, appliqué à partir de 2014), le cercle des questions échappant à l'unanimité s'élargit ; outre les affaires communautaires (immigration, politique agricole, commerciale, douanière et, surtout, industrielle, dite « de concurrence »), il inclut 51 nouveaux domaines : marché intérieur, énergie, coopération judiciaire en matière pénale, ouvrant la porte au parquet européen, et coopération policière, amorce d'une « police fédérale ». Désormais, la compétence de l'Union concernera quelque 70 domaines, soit l'essentiel de la responsabilité politique : schéma fédéral classique, d'autant que disparaît le compromis de Luxembourg permettant à un État d'invoquer ses intérêts vitaux, dont le candidat Sarkozy avait pourtant fait grand cas pendant la campagne. Une décision adoptée à la majorité s'appliquera ipso facto, et même un État qui y est opposé devra la mettre en oeuvre sous peine de sanctions. Régime de fer, dont plusieurs États s'exemptent ou amodient, mais pas la France.

5. Charte des droits fondamentaux. Elle s'applique désormais de droit (sauf pour la Grande-Bretagne). Non reprise in extenso, la charte fait l'objet d'une référence dans le texte, ce qui, en droit, revient au même, d'autant plus que tout conflit sera interprété par la Cour de Luxembourg. Comment admettre le droit pour tout citoyen de saisir la Cour des droits de l'homme aux fins de condamner son État pour non-respect de principes très généraux ? Contrairement à ce qu'a prétendu une propagande bien orchestrée, il n'y a ici aucune concession aux souverainistes. Certes, ne figurent plus les symboles, mais ils ont déjà été adoptés dans les faits et s'imposent ; de même, est maintenu dans les faits l'ancien art.

6 du texte Giscard posant la supériorité de la norme européenne sur la loi nationale : si celle-ci ne figure plus dans le traité, il y est cependant renvoyé explicitement dans un acte additionnel qui rappelle la jurisprudence de la Cour de justice, ce qui revient au même. Ces habiletés et celles de M. Sarkozy (ses diatribes contre la BCE n'ont sans doute pas d'autre but que de se faire passer pour eurosceptique, élevant un nouveau rideau de fumée) dissimulent ce fait essentiel : on crée un État fédéral sans débat et en hâte. Curieuse « démocratie ».

- Paul-Marie Coûteaux, est député français au Parlement européen.

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 Nous reproduisons ci-dessous une tribune libre du député européen Paul-Marie Couteaux, publiée dans le Figaro du 18 octobre dernier. Il y a là un argumentaire parfait que nos amis doivent connaître, faire connaître et porter à la discussion dans tout le pays. Il démontre de façon simple et claire que le Mauvais Traité Sarkozy présente le même degré de nuisance que la Constitution Giscard et que le changement de format du texte est un pur effet de trompe l’œil, destiné à leurrer les peuples.
Il confirme aussi, qu’au mépris de tous ses engagements de campagne, Sarkozy a honteusement trahi la France dans cette négociation, en privilégiant par tous les moyens l’adoption rapide d’un texte qui serait mis à son crédit, plutôt que de défendre nos intérêts, alors qu’une fois encore les gouvernements allemand, anglais et polonais ont défendu les leurs et obtenu des résultats.
La presse européiste et régimiste ne s’y est d’ailleurs pas trompé : elle s’est félicitée samedi matin de la mise au point d’un traité qui « reprend les principales innovations institutionnelles du projet de traité constitutionnel », comme le dit si plaisamment le Monde, notre grand journal suisse de langue française.
Quelques commentaires sur deux points qui ont jusqu’à présent été peu analysés.
Le projet de Lisbonne consacre la rupture de l'égalité fondatrice de la France et de l'Allemagne dans les institutions européennes (chacune disposent aujourd’hui de 29 voix) en instaurant une pondération démographique injuste au profit de l’Allemagne. Au conseil européen, la France pèsera désormais moins des ¾ de l'Allemagne qui, avec l'appui des nombreux Etats germaniques ou clients, pourra faire jouer partout la minorité de blocage ou la majorité qualifiée, selon ses intérêts. Le traité consacre donc une forme de suprématie politique de l’Allemagne en Europe, qui ne repose pourtant sur aucun argument démographique sérieux. Ce basculement vers ce qu’il faut bien appeler une Europe Allemande, a été accepté, et même – semble t’il- proposé par nos négociateurs français qui ont fait preuve dans cette affaire d’un niveau de veulerie et de complaisance vis-à-vis des intérêts allemands rarement atteints depuis 1944. Nous livrerons prochainement, pour le jugement de l’Histoire, les noms de ces excellents négociateurs.
En outre, et nous nous en doutions, les clauses faisant le lien entre la politique européenne de Défense et l’OTAN, loin de disparaître du nouveau texte, ont été maintenues dans leurs formulations les plus néfastes, mais habilement dissimulées derrière des jeux de renvoi à des textes antérieurs. Le rôle de « petit télégraphiste de l’OTAN », que Sarkozy remplit désormais avec servilité, et que nous dénoncions dans notre précédente chronique, était donc cousu de fil blanc.
Ces deux aspects du nouveau projet de Traité devront être fortement mis en lumière dans la campagne qui s’ouvre et qui pourrait logiquement déboucher sur un référendum, si l’opposition socialiste et communiste décide, comme elle semble en avoir l’intention, de refuser une simple approbation par le Parlement.
Il faudra mettre tout particulièrement en avant le risque insensé que fait courir le texte de basculer dans une Europe sous directorat germanique. L’Allemagne, mal remise de sa réunification et qui est travaillée en profondeur par des forces sociales très largement incontrôlées, reste, quoi qu’on en dise, l’élément dangereux de l’Europe. Si la construction européenne devait, à toutes fins, nous faire accepter par la ruse ce que l’on a voulu imposer par la force à nos pères, il y a 60 ans, alors il serait temps pour la France de sortir du piège européen.
Donc imposons partout le slogan « Non à l’Europe Allemande ! »

François RENIE