Une nouvelle rubrique d'informations internationales, en bref, alimentée par nos spécialistes : François Renié, Vincent Lebreton, Claude Arès et Jean de Montfort, René La Prairie.

 
Liban : signes d’optimisme

APRES UNE VISITE ECLAIR, les 12 et 13 novembre à Beyrouth, consacrée toute entière à la recherche d’une solution à la crise libanaise, Bernard Kouchner a rejoint Paris plutôt rassuré. "J’ai le sentiment qu'un engrenage positif se met en place, que les contacts pris entre la majorité et l'opposition vont dans le bon sens" en vue de l'élection d'un président de la République, a-t-il indiqué. En précisant qu’il reviendrait au Liban le 21 novembre et qu’il y resterait jusqu’à l’élection, prévue, sauf nouveau rebondissement, le 23. Pressé par la France et le Vatican d’intervenir, le patriarche maronite, le cardinal Sfeir, a finalement pris le risque d’une médiation difficile entre les parties, en proposant une liste de candidats de compromis.

Le président de la chambre libanaise, Nabih Berri, et le chef de la majorité, Saad Hariri, travaillent de concert sur cette liste depuis vendredi et leur démarche commence à cristalliser autour d’eux les responsables libanais soucieux de l’avenir du pays. L’arrivée, hier soir, du ministre des affaires étrangères italien Massimo d’Alema, qui est, lui aussi, un grand ami du Liban, et l’annonce d’un déplacement imminent du secrétaire général de la Ligue Arabe confirment que le processus s’accélère. Le quotidien de Beyrouth, l’Orient-Le Jour, titrait d’ailleurs sur « ces signes d’optimisme (qui) se précisent ». Pour autant, rien n’est encore joué et la Syrie, que l’initiative française a visiblement prise de court, peut encore chercher à brouiller le jeu.

S’il est donc trop tôt pour se réjouir, notons à ce stade que Kouchner a joué les bonnes cartes. En se démarquant très nettement des interventions brouillonnes de Sarkozy, en refusant tout compromis avec la Syrie - contrairement à ce que semblait souhaiter l’Elysée - il a rassuré nos amis libanais sur les intentions de la France et sur l’appui qu’elle continue à leur apporter dans le combat pour l’unité et l’indépendance du Liban.

CLAUDE ARES. 

Une Amérique en petite forme

UN SONDAGE du Center for Public Leadership de la Kennedy School of Gouvernement de Harvard, réalisé conjointement avec le magazine US News and Word, indique que plus des trois quarts des Américains (77%) sont profondément frustrés par leur classe politique (contre 69% il y a un an et 65% il y a deux ans) et qu’ils estiment que leur pays connaît une crise politique grave. Pour près de huit Américains sur 10, les Etats-Unis vont rentrer dans une phase de déclin si le pays ne se dote pas rapidement de meilleurs dirigeants. Seuls 14% d’entre eux estiment, en outre, que leur pays va dans la bonne direction, contre 48% d’opinions négatives.

L’enlisement en Irak n’est sans doute pas pour rien dans cette grosse déprime. Et les dernières informations sur le sujet ne sont certainement pas de nature à redonner le moral à l’Amérique. Selon un rapport réalisé par l’une des commissions économiques du Congrès, le coût de la guerre en Irak et en Afghanistan pourrait atteindre, à fin 2008, plus de 1.600 milliards de dollars, soit deux fois plus que les 800 milliards avancés jusqu’à présent par l’administration Bush. Ces sommes colossales ne sont évidemment pas de nature à faire repartir l’économie et l’emploi, dans un pays qui connaît, lui aussi, de profondes restructurations industrielles, en particulier dans l’automobile.

L’Amérique découvre, par ailleurs, le coût humain effrayant du conflit irakien : six mois après leur retour, plus de 40% des réservistes doivent être placés sous « traitement psychique » et le nombre de suicides de vétérans d’Irak et d’Afghanistan grimpe en flèche. Principaux responsables pointés du doigt : l’administration Bush, bien évidemment, mais aussi le Congrès, soupçonné d’inefficacité et de corruption. Cette même administration et ce même Congrès auquel Sarkozy rendait un hommage indécent le 7 novembre dernier à Washington. Au risque de recueillir, pour cette veulerie, non seulement le mépris de la France mais aussi du peuple américain.

RENE LA PRAIRIE

La Fayette, nous voilà ! (suite)


LE MONDE du 16 novembre publie une tribune libre signée Pierre Bercis, qui fait justice du procès ridicule intenté par le non moins ridicule Jeanneney contre La Fayette. Les arguments sont bons, le style cinglant comme une gifle, la démonstration affûtée comme un coup de pied au derrière…Pour venger l’honneur du « héros de l’Amérique », nous avions souhaité qu’on s’occupe du petit Jeanneney (la Nation française du 12 novembre), c’est désormais chose faite !

Pierre Bercis conclut son article en appelant de ses vœux « la cérémonie qui verra un nouveau président des Etats-Unis, aux mains propres, côte à côte avec le président de la République française suivre (la) dépouille mortelle (de La Fayette) du modeste cimetière de Picpus à la montagne Sainte Geneviève, pour l’honneur de la France ». Nous nous associons bien évidemment à cette perspective, mais, peut- être faudra-t-il que nous attendions, nous aussi, d’avoir un chef de l’Etat présentable.

HENRI DE MONTFORT.

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15 novembre

Union Européenne: Sarkozy fait son numéro


Numéro de bluff époustouflant de Sarkozy, le 13 novembre, pour son premier discours devant le Parlement Européen. Un festival de formules creuses (« L’Europe sera un idéal ou ne sera pas », « défendons les droits de l’homme dans toutes les régions du monde »…), d’autosatisfaction délirante sur le traité de Lisbonne, d’effets de manche et d’imprécations diverses, pour séduire les cabris, gogos et autres ravis qui l’ont naturellement applaudi à tout rompre. La presse européiste et régimiste, désormais rassurée sur les intentions du chef de l’Etat vis-à-vis du traité de Lisbonne, n’a pas lésiné dans la flagornerie, le Monde titrant « Sarkozy plaide pour une Europe plus politique » et les Echos « Sarkozy présente son credo européen à six mois de sa présidence de l’Union ».
En réalité, ceux qui prendront la peine (au sens propre) de lire cette assommante intervention de trois quart d’heure n’y trouveront ni Europe politique, ni credo européen, ni d’ailleurs pensée d’aucune sorte. Tout au plus signalera-t-on les rotomontades lancées contre la Banque centrale européenne, d’autant plus excessives qu’elles n’ont – et Sarkozy le sait parfaitement – aucune chance d’avoir une quelconque portée. Son sous-ministre des Affaires Européennes, l’européistissime Jean-Pierre Jouyet, s’était d’ailleurs fendu quelques jours auparavant d’un entretien aux Echos où il déclarait qu’entre la France et la BCE, le climat était à nouveau au beau fixe !
Tout auréolé de son prestige américain, Sarkozy s’est également fendu d’une diatribe sur l’Europe de la Défense, en incitant les Européens à relancer leurs initiatives dans ce domaine. Comme tout le monde sait désormais que ce discours ne fait que relayer celui de l’OTAN et des Etats-Unis sur le futur pilier européen de l’organisation militaire, cette partie de l’intervention a été applaudi du bout des doigts par ceux qui trouvent que la France en fait un peu trop dans son retour au bercail atlantiste.
Finalement, plus que l’intervention de Sarkozy, ce sont les apartés et les réunions en petit comité qui ont apporté des d’informations sur « l’état d’esprit » européen des dirigeants français. Certaines de ces confidences étaient cousues de fil blanc. Ainsi tous les observateurs ont relayé l’opposition très médiatique exprimée par le chef de l’Etat à l’adhésion de la Turquie, dans l’échange à huit clos qu’il a eu avec les présidents de groupes politiques du Parlement européen. En revanche, seul le quotidien britannique The Telegraph a ressenti l’intérêt de rapporter l’échange entre Sarkozy et un groupe de députés européens, au cours duquel le chef de l’Etat a piteusement avoué qu’un referendum sur le nouveau traité déboucherait sur un refus. « La France a précédé les autre pays en votant non. Cela se produirait dans tous les états membres s’ils tenaient un referendum. Il y a une coupure entre les peuples et les gouvernements. Un referendum mettrait l’Europe en danger. Il n’y aurait pas de traité si nous tenions un referendum en France, suivi par un referendum en Grande Bretagne. » Voilà un aveu de faiblesse qui tombe à pic et qu’il nous faudra exploiter à fond.

FRANCOIS RENIE.

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13 novembre

liban : le jeu confus de Sarkozy

L’ELECTION PRESIDENTIELLE libanaise, initialement prévue hier, a été reportée au 21 novembre, à nouveau faute d’accord entre majorité et opposition sur un candidat de compromis. La semaine prochaine sera cruciale pour le gouvernement Siniora et son allié Saad Hariri, qui cherchent, depuis deux ans, à sortir le Liban des griffes syriennes. L’opposition, fortement influencée par Damas, continue à se battre bec et ongle pour que le « compromis à la libanaise » - c'est-à-dire l’élection d’un président consensuel, sans pouvoir réel, donc accommodant vis-à-vis de la Syrie – reste la règle. Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a encore fait monter la pression ce week-end, en se disant prêt à entrer en conflit ouvert avec le pouvoir libanais, au cas où celui-ci chercherait à imposer sa majorité. Solution que MM. Hariri et Siniora n’excluent pas, en dernier recours. Dans ce climat lourd de menaces, les initiatives, souvent contradictoires, prises par le gouvernement français, suscitent l’interrogation. Alors que M. Kouchner - qui a plutôt bien manœuvré sur ce dossier - avait la semaine dernière fermement rappelé à l’ordre la Syrie, l’équipe Sarkozy, via Claude Guéant, semble maintenant privilégier la recherche d’un compromis avec Damas. Au point que nos amis antisyriens de Beyrouth ne savent plus s’ils peuvent réellement compter sur nous. La diplomatie française joue gros jeu dans cette affaire : les manœuvres troubles de Sarkozy, ses interventions intempestives et souvent irréfléchies, peuvent nous faire perdre d’un seul coup tout crédit, toute amitié et toute influence au Levant. Réponse le 21 novembre.

CLAUDE ARES


Sanctions contre l’Iran : l’Allemagne maintient ses réserves.

 MALGRE LES DECLARATIONS D’AMOUR échangées, hier, devant les caméras par Sarkozy et Frau Merkel, à l’issue du conseil franco-allemand, l’Allemagne n’entend pas s’aligner sur la position des Etats-Unis et du gouvernement français dans la préparation de nouvelles sanctions contre l’Iran. Lors de la récente réunion du groupe des 5+1 (les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité et l’Allemagne), à Londres, le ministre allemand des affaires étrangères a rappelé que son pays restait très dubitatif sur l’effet de ces sanctions. Berlin ne s’y ralliera qu’après avoir pris connaissance du prochain rapport de l’Agence Internationale de l’Energie - s’il apporte des preuves tangibles de manquements de la part de l’Iran - et sous réserve que la Chine et la Russie s’associent elles aussi à la démarche. Dans cette affaire, le gouvernement allemand fait coup double : il satisfait son opinion publique, très remontée contre la guerre en Irak et contre les Etats-Unis ; il apparaît aux yeux du monde comme l’interlocuteur européen de référence, raisonnable, non aligné et qui a les moyens de son indépendance. Le rôle auquel la France pourrait prétendre si elle n’avait pas à sa tête le petit télégraphiste de Wolfeboro.

FRANCOIS RENIE

Belgique : les Flamands agissent sans états d’âme.


DANS LA COMMUNAUTE FRANCOPHONE du grand Bruxelles, on est de plus en plus inquiet des conséquences de la scission de l’arrondissement Bruxelles-Hal-Vilvorde, votée par le parlement belge la semaine dernière contre l’avis de la minorité wallonne. Dans les communes de la périphérie de Bruxelles désormais rattachées à la Flandre – et dont certaines sont majoritairement de langue française – ce sont plus de 150 000 francophones qui seraient ainsi privés du droit de s’exprimer dans leur langue et d’élire des candidats de langue française aux élections législatives. On peut compter sur les élus de droite et d’extrême droite flamands pour faire appliquer ces règles avec toute la rigueur voulue, comme on l’a vu récemment à Kraainem, Wezembeek et Linkebeek, trois communes à majorité francophone, où des groupes hitlériens flamingants se sont opposés par la force à la tenue des conseils municipaux en français. L’affaire vient de prendre une tournure nationale, dans un pays privé de gouvernement depuis plus de cinq mois et où les wallons soupçonnent un groupe d’élus et certains milieux d’affaires flamands de jouer la montre et de préparer en sous main la partition du pays. Les négociations pour la constitution du gouvernement belge sont à nouveau interrompues. On ne saurait trop conseiller au gouvernement français de garder l’œil ouvert sur cette « poudrière », qui couve à quelques kilomètres de nos frontières.

VINCENT LEBRETON

La Fayette au Panthéon, Jeanneney à Charenton !

CHAUDE AMBIANCE de retrouvailles la semaine dernière à Washington entre délégations française et américaine, après le cri d’amour lancé par Sarkozy devant le Congrès. Notre excellent docteur Kouchner, qui ne voulait sans doute pas être en reste, relança même le projet de transférer la dépouille du marquis de La Fayette au Panthéon. A y regarder de près, et sans parti pris, l’idée n’est finalement pas mauvaise. Vrai héros, vrai gentilhomme et belle figure de ce que fut l’ancienne France, généreuse et rayonnante, La Fayette mérite, après tout, aussi bien sa place sur la montagne Sainte Geneviève qu’un Zola ou, pire encore, qu’un Jean Monnet. Mais voilà que cela ne fait pas l’affaire de tout le monde. Le citoyen Jeanneney, Jean-Noël signe dans le Monde du 9 novembre une protestation horrifiée ! La Fayette au Panthéon ? Mais comment donc ? Il ne fut jamais républicain ! On expliquera avec beaucoup de ménagement à l’honorable Jeanneney que, sur le fronton du Panthéon, c’est la Patrie et non la République qui porte aux grands hommes sa reconnaissance, que ni Antoine César de Choiseul-Praslin, ni Louis-Antoine de Bougainville, ni le duc de Luynes, ni le comte de Brissac, ni Voltaire lui-même, qui y sont inhumés, ne furent jamais de farouches républicains et que si, après tout, la République n’a pas besoin de héros, la France, elle, les accueille et les honore avec plaisir. Alors, La Fayette au Panthéon ? Oui avec bonheur ! Et si, pour le même prix, cela peut faire mourir de rage deux ou trois Jeanneney, alors avec grand bonheur ! Ce jour là, nous nous plairons à dire, comme le général Stanton débarquant en 1915 avec le corps expéditionnaire américain : La Fayette, nous voilà !

JEAN DE MONTFORT