Vers des assises de la mouvance nationale
Rubrique remise à jour
De nouvelles contributions pour cette proposition d'assises (lire en fin de rubrique celle notamment très complète et fédératrice d'Axel Tisserand qui milite pour une pétition en faveur des assises de la mouvance sociale). Nous invitons les internautes à réagir à l'ensemble de ces informations, en sachant que la NF envisage de créer des groupes de travail sur des thématiques spécifiques : la nation et l'europe, les solidarités nationales, la place de la France dans le monde, la rénovation des institutions, le pouvoir dans les entreprises, l'indépendance énergétique et la question environnementale...
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prologue à la réflexion
Même dans cette période plutôt plombée, l'actualité est bien fournie et mérite analyses et commentaires : âneries de Sarkozy en Afrique, attaques contre le droit de grève (où sont les gaullistes qui contribuèrent au programme du Conseil national de la Résistance ! ), vote du " paquet fiscal " , incapacité de la gauche à se remettre en cause, voyage américain du président où il s'est comporté comme un gros parvenu affichant sa famille " élargie ", déclaration inquétante sur l'Education..., second voyage aux USA de Sarko, sans Madame-ex, où il s'est comporté comme un commis... Gestion calamiteuse des mouvements sociaux.
Il faut ajouter les tractations sans ou avec contrepartie avec la Libye, la question européenne avec les mensonges sur le " traité simplifié " ou " l'entente franco-allemande sur Airbus et EADS ", la confusion sur la question turque, l'échec sur des dossiers comme la pêche et l'agriculture qui entraîne la ruine de nos producteurs nationaux, l'incapacité à définir une vraie politique d'aide à la recherche, les crispations idéologiques sur les missions régaliennes de l'Etat et de la fonction publique, l'impossibilité manifeste de se lancer dans une réflexion à moyenne terme sur la décentralisation et le redécoupage administratif, la crainte aussi sur les résultats de la réflexion de la commission sur la réforme des instutitions et ce que le pouvoir en fera et l' absence totale de vraie politique en faveur des quartiers populaires qui puisse enfin mettre un terme à une terrible fracture nationale et sociale...
Bref, chers amis, les enjeux sont majeurs et il ne faut rien attendre de bon de ce pouvoir archaïque et conservateur dont le " rêve américain " se fracassera sur la réalité de la société française qui n'a rien à espérer de cette politique de rupture, masque de la défense de privilèges.
Il ne faut rien attendre de probant non plus du côté du principal parti dit d'opposition dont les dirigeants sont depuis longtemps discrédités par leurs prises de position contradictoires. Le salut viendra d'ailleurs. Non pas de confuses alliances électorales ou de victoires municipales qui ne diront rien sur la crise politique profonde.
Le salut viendra lentement, d'une introspection française et d'une confrontation des idées. En prenant en compte, pour ce qui est du camp national, l'ensemble des luttes sociales et des actions locales, le rejet argumenté et pas seulement idéologique des institutions supranationales qui échouent depuis trente ans, la dénonciation des superstructures bureaucratiques qui plombent le dynamisme français et l'entrée sans complexe dans le combat politique. Il s'agit de notre propre capacité à inventer l'avenir de la mouvance nationale.
Car la question se pose aujourd'hui : après l'effondrement électoral finalement libératoire du Front National qui ne constituait qu'une baudruche sans fondement idéologique et ne survivait que sur des peurs (l'immigration, l'insécurité, le terrorisme), sur de vielles antiennes de la droite réactionnaire ( le fiscalisme, l'anti-syndicalisme primaire, la chasse aux fonctionnaires...) et surtout sur la haine (racisme, xénophobie et antisémitisme), il serait temps que la mouvance nationale qui ne pouvait pas se reconnaître dans cette caricature abjecte puisse enfin faire entendre une autre voix, sereine, intelligente, débarrassée de ces médiocres attributs lepénistes qui, en défitinive, n'ont été utiles qu'à l'élection de Sarkozy.
Faut-il appeler à des assises de la mouvance nationale ? Faut-il travailler à un rapprochement de type fédéral ou confédéral entre les mouvements qui la composent et qui conserveraient leur identité (royaliste, gaulliste, souverainiste, progressiste républicain ...) ? Ne serait-il pas nécessaire dans un premier temps de pratiquer un audit de ses " forces " et de ses faiblesses ? Car depuis trop longtemps les indications concernant le nombre de militants, de sympathisants, d'abonnés aux journaux et revues sont restées secrètes et ne permettent pas de savoir s'il y a eu renouvellement dans les générations, stagnation ou au contraire nécrose.
Pour ce faire, il faudrait que toutes les organisations, tous les journaux, les revues, les groupes militants fassent acte de transparence. Cette hypothèse paraît difficilement réalisable. Reste l'effet d'entraînement, la volonté de bousculer les traditions, de " faire bouger les lignes "- même si cette expression est un peu agacante - .
Comment procéder ? Comment faire en sorte que pour une fois dans l'histoire du mouvement national (disons depuis un siècle) se produise un choc contre l'immobilisme ? Bien entendu, cet appel à un mouvement vers l'unité fédérale n'est pas le premier. Nous mesurons parfaitement l'étendue de la tâche parce que nous avons vécu des échecs passés. Trop de rancoeurs depuis des décennies, trop d'ambition absurde d'être - enfin - la petite chapelle qui va réussir, écrasant les autres. Cette vision est stérile. Notre ambition est assez humble. A partir de ce site internet rédigé par des bénévoles qui désirent simplement " être utiles ", un débat sur l'organisation future de ce pôle national doit pouvoir s'engager.
Il ne s'agit pas, là encore, de mettre en cause le travail des militants qui depuis des années se dévouent dans leurs structures respectives pour faire vivre et prospérer des idées, mais de tenter de rapprocher des points de vue, d'élaborer des stratégies d'union qui pourraient passer par des présences visibles aux élections, sous une même bannière, par exemple. Mais qui peuvent prendre aussi la forme de journaux, de sites communs ou de fédérations de sites ou de blogs.
L'idée d'assises du mouvement national a été proposée par plusieurs internautes qui ont contacté la rédaction par le moyen de notre adresse électronique redaction@lanationfrancaise.net et estimaient que cette intiative - dans l'ombre tutélaire de Pierre Boutang et de ses amis - pouvait être une piste à creuser. Comme autrefois lors de rassemblements populaires où toutes les sensibilités de la mouvance nationale étaient représentées, pourquoi ne pas imaginer, préparer et réussir de telles assises ? Les temps qui viennent nécessitent ce travail d'éclaireur. Indispensable et salutaire.
Charles Chepfer et l'équipe de Lanationfrancaise.net
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Le débat et vos réactions
Depuis la mise en ligne du texte de Charles (que nous avons discuté en comité de rédaction et finalement accepté dans cette forme après de multiples amendements ) de nombreuses réactions assez variées ont été enregistrées sur le site. Nous pouvons les classer en trois catégories. La première catégorie s'interroge sur cette idée de " mouvance nationale " : " que recouvre-t-elle réellement ? " demande Jacques du Calvados en s'étonnant du rapprochement que nous avons fait entre " royalistes, gaullistes, souverainistes " , " que rien ne rapproche ", indique l'internaute, " sinon la détestation de l'Europe fédérale". Pour Henri, de Paris, cette question est précisément centrale : " la forme du régime en France, les querelles sur les institutions sont subalternes par rapport au combat pour le respect de notre souveraineté nationale, le droit d'un peuple à fixer ses lois, à en changer en fonction des majorités dont il se dote ". Frédéric, qui se définit comme " jeune royaliste " ne partage pas ce point de vue : " tant que l'Etat français n'aura pas clairement rompu avec les vieilles formes de consultations populaires dans lesquelles les habitants ne disposent d'aucun mandat impératif, il ne faut pas s'étonner des rejets suivants." Deuxième catégorie d'interventions : " ne faut-il pas commencer par reconstruire une vraie idéologie combative ", estime Claire de Montauban qui milite depuis des années au Front National mais assure " ne plus être en phase avec cette " boutique " ", comme elle dit. Idéologie ? Clarification des idées ? " Certains intellectuels de notre mouvance devraient montrer des voies pour nous plutôt que de suivre les modes " assure Franck de la région de Nancy.
Sur ce point des idées, certains internautes évoquent " la mise en place d'un vrai programme, dès les municipales ", " une clarification sur tout le territoire avec un même label ", et ce " afin de nous compter, après cette élection Présidentielle qui semble avoir aspiré toutes les autres ", ajoute, " épuisé " un sociologue breton. Troisièmement : les moyens. Un groupe de militants nantais par le truchement de leur président assure " ne pas s'associer à la démarche car n'appartenant à aucun réseau...". D'autres demandent " comment faire justement pour sublimer les différences. " Clavel et Boutang sont morts... ne rêvons plus à cette forme de réintégration du vrai politique et du spiriuel dans l'action. Il faut inventer des formes nouvelles - " non conventionnelles "- de faire de la politique ", indique un autre membre de cette " grande communauté des nostalgiques '', non pas du train à vapeur, mais des chauffeurs d'idées qui alimentaient la belle bête " ( Manu du 57). Nouveau -
Parmi les réactions nouvelles (novembre) , pas mal d'étonnement. Du style : " est-ce le rôle d'un site plutôt journalistique d'appeler à des actions militantes ? " (Philippe de Normandie) ou encore : " assez d'appel à des assises dans tous les sens : à gauche, à droite, au centre, chez les républicains et les monarchistes. Il ne faut plus être assis... mais debouts ! " plaide Jacques, de Rennes. D'autres internautes sont encore plus circonspects : ils doutent de la possibilité, " sauf crise majeure " (Bernard G. de Nancy) de faire cohabiter dans une même fédération de mouvements ou confédérations des mouvements qui sont radicalement depuis des années " dans une logique de chapelle ", logique qu'il semble déplorer par ailleurs. En revanche, un grand nombre d'internautes qui sont intervenus dans le débat retiennent ce thème de l'échec du Front National comme une bonne nouvelle qui dégage le panorama politique et laisse espérer que l'on puisse construire dans la mouvance nationale autre chose que cette incroyable choucroute idéologique : " la voie est libre pour un nationalisme sans le poids xénophobe et populiste " note (Jean-Pierre, 55), " il faudrait que les authentiques gaullistes quittent une fois pour toute le giron protecteur de la Majorité. Ce n'est pas gagné. Dupont-Aignan est retourné à la soupe ", constate avec amertume Pierre Yves, de Dordogne.
Pour quelques internautes, c'est le rapport de la nation à la mondialisation qui pose aujourd'hui question : " la Nation est le rempart naturel contre les effets néfastes du mondialisme libéral, mais pour autant comment en retracer les fondement face à l'Europe, ou avec l'Europe, vaille que vaille ? " s'interroge Gérald de Vincennes. " Il faut revoir tout le fond de la doctrine nationale. Elle n'est plus adaptée à notre siècle et à l'avenir. On ne peut se contenter d'être incantatoire, de brandir la Nation comme le bouclier de Brennus ! Ce serait mortel pour la civilisation occidentale et pour la Nation française '' assure de son côté Jean-Jacques, un autre Breton.
NDLR : Cette dernière intervention nous touche bien évidemment au coeur puisqu'il est question de la Nation française. Il est vrai que dans le grand chambardement des idées et des concepts et dans la confrontation avec ce monde réel qui ne nous plait pas forcément mais avec lequel il faut composer - il serait absurde de s'enfermer dans le conservatisme - la Nation française reste sans cesse à inventer, à faire vivre. Il faut qu'elle démontre à chaque moment qu'elle reste nécessaire à l'équilibre du monde et aux besoins des hommes qui la composent.
Peu importe le gouvernement qu'ils se choisissent. Il ne faut pas désespérer : c'est précisement la force des nationaux par rapport à beaucoup d'autres traditions politiques qui sombrent parfois dans le déclinisme ou l'acceptation d'un état de fait conjoncturel. Nous savons que la France demeurera.
Charles Chepfer
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“PÉTITION” POUR LA TENUE
D’ASSISES DE LA MOUVANCE NATIONALE
Parce qu’il faut en finir avec la langue de bois et ne s’attacher qu’aux faits, s’il est un événement politique majeur en cet automne 2007, c’est bien l’appel à la tenue d’assises de la mouvance nationale lancé par La Nation Française.net “dans l’ombre tutélaire de Pierre Boutang”. Un événement politique majeur, en effet, parce que dans l’asthénie générale de vie politique nationale cet appel à se rencontrer adressé à tous ceux qui n’ont jamais accepté la moindre compromission avec les forces du renoncement est une lueur d’espoir. Au moment même où les peuples d’Europe consternés apprennent que Nicolas Sarkozy en personne, qui se flatte d’être le père du traité constitutionnel-bis, avoue avec cynisme que le 29 mai 2005, “La France n’était qu’en avance sur les autres pays dans son vote pour le non. La même chose arriverait dans tous les Etats membres si un référendum y était organisé”, car “il y a un gouffre entre les peuples et les gouvernements” - déclaration à un groupe de parlementaires européens reprise dans le Daily Telegraph -, comment ne pas voir qu’il appelle lui-même les Français à combler ce gouffre ? Oui, la mouvance nationale doit se rencontrer, discuter, se fédérer pour agir... et vaincre. Ce qui la changera de plus d’un siècle ou presque d’échecs consécutifs.
Mais parce que l’esthétisme en politique, autre nom du désespoir, est une faute gravissime en plus d’une sottise absolue, lorsque l’existence même de la nation est en jeu - ce qui est le cas aujourd’hui avec cette tentative d’adoption forcée du traité européen -, l’accumulation séculaire de nos échecs doit nous inciter à redoubler d’efforts du fait que, paradoxalement, la situation n’a jamais été aussi favorable ! Voilà cinq ans que les frémissements d’un retour au national se font sentir : au risque de choquer certains - mais il convient de dépasser tous préjugés - , je livrerai pêle-mêle la candidature de rassemblement - avorté - de Jean-Pierre Chevènement en 2002, la présence au second tour de Jean-Marie Le Pen à cette même élection présidentielle, la victoire transpartite du non au référendum de 2005, la campagne électorale de 2007, de Royal comme de Sarkozy, où l’Europe, comme en 2002, fut pestiférée, la victoire elle-même de Sarkozy en ce qu’elle fut une imposture entraînant l’échec - et non l’effondrement - du même Jean-Marie Le Pen. Les Français, en fonction de l’offre qui leur est présentée, cherchent manifestement le moyen de refuser l’avenir européen qu’on leur prépare, cette administration des choses - dont font désormais parti le salarié ou le chômeur - en lieu et place d’un gouvernement politiques des hommes - fondant toute citoyenneté.
Le Non de mai 2005 portait présence et absence de ce retour à la nation - et de ce besoin de politique, intimement liés : présence, parce qu’il a été le premier rejet explicite de la part de la majorité des Français, toutes traditions confondues, d’un supranationalité dont la vérité éclatait enfin en plein jour, celle de la soumission des peuples à la mondialisation ; présence encore parce que ce Non, qui a été, le plus souvent, à droite comme à gauche, de droite et de gauche, a révélé le lien intime existant entre la défense de la nation et celle de la justice sociale. Jamais depuis la fin du XIXe siècle, les Français n’ont compris à ce point que la nation demeure le seul lieu où se joue leur avenir ; absence, toutefois, parce que les porte-parole de ce non ne se sont pas montrés à la hauteur de cette dynamique nationale et populaire pour la seule et unique raison que leur hétérogénéité n’était que le reflet du caractère hétéroclite de leurs motivations. Entre un Fabius, père de l’euro pour la France, libéral et fédéraliste européen, faisant le pari - perdu - de s’emparer du PS à la faveur du référendum, un Le Pen relativement discret qui n’a pas quitté sa posture populiste d’arrière-garde, un parti communiste fidèle à lui-même dans sa sclérose et une extrême gauche dont le populisme trotskiste était évidemment étrangère à la problématique nationale, il n’a pas été possible de constituer, pour les tenants de la tradition nationale et populaire, une dynamique politique, ce que les partisans du traité n’ont pas manqué de relever et de répéter jusqu’à plus soif.
Aujourd’hui la situation est différente : disons qu’elle a mûri. En effet, le masque est rapidement tombé et Sarkozy présente désormais aux Français son vrai visage : celui de l’imposture. Du reste la question européenne y a été pour beaucoup. Car si l’UMP a beau jeu de rappeler que le Président de la République ne fait que tenir une promesse électorale en refusant la tenue d’un nouveau référendum, elle oublie de dire l’essentiel, dont les Français sont aujourd’hui informés : c’est que Sarkozy avait parlé de l’adoption d’un mini-traité purement technique - c’est-à-dire incolore et inodore aux yeux de l’opinion publique - et non de celle du traité constitutionnel lui-même à peine revisité, ce qui constitue évidemment une forfaiture. Le Parti socialiste, toutes tendances confondues, avait là la possibilité de se refaire sinon une virginité, du moins une figure présentable en exigeant un référendum - comme l’avait réclamé Ségolène Royal durant la campagne. C’était sans compter sur son nombrilisme suicidaire - dont peu nous chaut - et surtout sur sa profonde tradition européiste et néo-saintsimoniste, héritée de Blum et de Guy Mollet et réactivée par Mitterrand. Parti internationaliste plus préoccupé de ne pas déplaire à la social-démocratie européenne qu’à son électorat majoritairement défavorable au traité, engagé dans une crise d’identité qui n’est que la conséquence de sa fermeture aux évolutions du monde contemporain auxquelles il n’a su répondre qu’en capitulant en rase campagne devant les valeurs du néolibéralisme - un autre internationalisme -, le Parti socialiste - comme du reste François Bayrou qui a perdu là aussi une occasion de montrer qu’il était un homme de convictions - s’est discrédité auprès des Français, du moins de ceux qui appartiennent à la gauche nationale.
Quant au Front national, il s’agit d’éviter de commettre à son endroit une double erreur : de croire que c’en est fini de lui et de s’en réjouir abusivement. Laissons à d’autres - et d’abord à lui-même - une diabolisation à laquelle son chef a largement contribué. Au début des années 80, Le Pen avait devant lui un boulevard qu’il a consciencieusement et méthodiquement fermé de ses propres provocations comme de son incapacité à fédérer une tradition qu’il a caricaturée faute d’avoir compris que les Français attendaient un rassembleur et non un simple tribun. Toutefois, ce serait faire un trop grand honneur au chef du Front que de l’accuser d’avoir discrédité quoi que ce soit de la cause nationale, car ce serait du même coup insulter toutes les Françaises et tous les Français - des millions, faut-il le rappeler, parmi les plus fragiles de nos compatriotes - dont il a stérilisé la protestation légitime. Laissons ce discours à ceux-là mêmes qui tout aussi méthodiquement, depuis ce même début des années 80, organisent sans rencontrer d’obstacles sérieux - le non de mai 2005 sera bientôt détourné - les étapes du renoncement national. Quant à penser que c’en est fini du Front, les échecs répétés de la présidentielle et des législatives - que ne confirment pas, au contraire, les partielles qui se déroulent depuis cinq mois - ne doivent pas faire illusion. Le Front national ne pourra que rebondir lorsque l’imposture du sarkozysme aura définitivement été percée à jour, surtout si la gauche continue de se décomposer, à l’exception de l’extrême-gauche populiste ; et si la mouvance nationale rate ce rendez-vous historique.
D’où notre responsabilité, qui tient notamment dans la tenue d’assises d’une mouvance QUI NE DEVRA EXCLURE PERSONNE du fait qu’elle se définira d’elle-même, d’abord évidemment autour d’un refus - celle de l’Europe néolibérale et supranationale -, mais également d’un projet qui ne peut consister que dans une France forte, solidaire, désireuse de maîtriser autant qu’elle le peut sa politique sur les plans diplomatique, militaire, social et économique - notamment en matière énergétique - et capable d’assurer, sur tout son territoire, les conditions de la justice sociale et d’un réel choix de vie. En deux mots : Nation et Progrès. En dehors de toute idéologie, dans la tradition nationale du pragmatisme patriotique, qui fut celui de nos rois et d’une certaine tradition républicaine, ce projet doit reposer tout d’abord sur l’exigence tranquillement revendiquée de renégocier à terme les traités existants avec pour objectif premier de permettre au peuple français de recouvrer la maîtrise de son destin, c’est-à-dire, tout simplement, la voie du politique. Pour que l’exigence nationale et populaire ne soit pas de nouveau confisquée, voire caricaturée, mais puisse représenter demain, face aux crises qui se dessinent, la seule alternative crédible de salut public, il faut effectivement prendre date et appeler chacun - organisations partageant les mêmes préoccupations et citoyens actifs - à ses responsabilités. C’est à cette seule condition que nous pourrons concourir à l’émergence d’un vrai rassemblement ni nationaliste ni populiste au sens étroit des termes mais intégralement dévoué à manifester son attachement aux souverainetés nationale et populaire qui, sans se confondre, sont intimement solidaires face à Bruxelles et à l’oligarchie.
Nous devons alors prendre date en travaillant tous ensemble à un manifeste qui soit la charte du renouveau national et politique, condition indispensable pour recouvrer notre indépendance, manifeste que nous pourrons opposer, selon les modalités de la vie politique, aux tenants du renoncement national et de la soumission à une mondialisation qui signe la disparition de nos libertés essentielles - la première de toutes étant celle de vivre dans un pays libre. Travaillons-y ! Parlons-en autour de nous ! Engageons-y nos amis et les responsables des organisations auxquelles nous appartenons, par-delà toute mesquinerie aussi partisane que nuisible à la cause commune. Groupes de travail informels ou constitués, propositions individuelles ou collectives, l’engagement de chacun pourra prendre toutes formes. Mais il s’agit aujourd’hui de lancer la pétition - au sens vrai du terme - pour la tenue d’assises de la mouvance nationale qui devront être l’acte de naissance de la reconquête de nos libertés. “Les temps qui viennent, écrivent avec raison Charles Chepfer et l’équipe de La Nation française.net, nécessitent ce travail d’éclaireur. Indispensable et salutaire.”
Axel Tisserand